Nouvelle aventure en poche pour « Impasse Verlaine » de la Clermontoise Dalie Farah

11/06/2020
Nouvelle aventure en poche pour  « Impasse Verlaine » de la Clermontoise Dalie Farah
 « Impasse Verlaine », le premier roman de la Clermontoise Dalie Farah, publié l'année dernière chez Grasset et plusieurs fois primé, sort en petit format chez MonPoche (Centre France Livres).

Ce jour-là sur la place de la Victoire à Clermont-Ferrand, Dalie Farah laisse échapper sa colère.

Trois dames s’écartent avec mépris de l’homme sur le banc, bière à la main. « Il est plus vivant que vous ! », s’emporte l’écrivaine clermontoise raconteuse de « vies minuscules ».

Ces existences invisibles sont celles que Dalie Farah explore dans son premier roman, Impasse Verlaine, sorti hier dans la collection MonPoche de Centre France Livres. Les petites gens de son récit sont berger, chevrière, femme de ménage, ouvrier, ils sont ses grand-père, grand-mère, mère et père, nés dans l’Algérie berbère. Ils sont tout ceux dont les vies de peu sont « des vies immenses comme celle de cet homme sur le banc qui a autant de grandeur que vous et moi. Il en a d’autant plus qu’il est humilié et écrasé » pointe l’écrivaine révoltée. « Je suis révoltée parce que j’ai longtemps été soumise ».

Transmission de la violence

Impasse Verlaine est le récit de cette soumission et de cette révolte qui ne dit pas son nom, tentative de dire la relation paradoxale avec sa mère. « Je l’ai écrit comme une enquête pour découvrir l’objet de mon enquête lui-même. Je n’ai pu l’écrire que la quarantaine passée, une fois l’émotion, la colère, la peine évacuées, lorsque je suis devenue mère à mon tour ».

La narratrice et sa mère entretiennent des rapports ambivalents, souvent violents, quelquefois aimants. Une violence transmise de génération en génération que Dalie a su transformer en une incroyable vitalité et en talent littéraire. « La sauvagerie berbère. Et la conscience du féminin et de sa puissance ! », revendique-t-elle.

Enceinte trop tôt à 17 ans, la mère, Vendredi (Djemaa), a quitté les Aurès avec son cousin germain de mari pour s’installer en Auvergne, d’abord à Ponteix, près d’Aydat, puis à Clermont-Ferrand, dans les immeubles de l’Impasse Verlaine, bâtiment 31, appartement 622.

La cruauté et la tendresse

A travers les yeux de la gamine qu’elle fut, qui ne savait rien mais qui était douée d’un fol appétit de comprendre, Dalie Farah porte un regard sans nostalgie ni complaisance sur la vie qui l’entoure, tenue à distance d’émotion par l’humour d’une plume charnelle qui sait la cruauté et la tendresse.

Dans le bureau d'écriture de Dalie Farah

Un hommage au pouvoir de la littérature qui a fait grandir cette gamine aujourd’hui agrégée, prof de français et de philo en BTS et prépas scientifiques au lycée Jean-Zay de Thiers. « A la littérature je dois de comprendre ce que je suis, je lui dois tous les refuges du monde, je lui dois l’amour et toutes les tendresses. La littérature est ma nourriture au même titre que le pain m’est nécessaire. Un aliment de base ».

Hommage aussi à la bibliothèque de quartier de Croix-de-Neyrat à Clermont-Ferrand. « Mon pays des Merveilles avec cette bibliothécaire qui fut ma fée Mélusine ».

Impasse Verlaine dit aussi ce que l’auteur doit à l’école républicaine. « Plus aux enseignants qui la composent qu’au système scolaire, module l’intéressée. J’ai eu la chance de croiser au bon moment des créatures humaines qui ont fait plus que leur travail. »

Après le succès de ce premier roman multi-primé, sorti en grand format chez Grasset l’année dernière, Dalie Farah s’éloigne un peu de sa mère pour centrer son prochain récit (à paraître chez Grasset) sur son propre parcours dans cette terre d’Auvergne « qui est devenue ma famille ».

Jean-Marc Laurent

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